Annapurna Mandala Trail 2010


La Réunion sur les Chemins du Ciel

AMT 2010 : récit de Joël

Article écrit par admin le 14 mai 2010 dans la catégorie : Récits   -  


Annapurna Mandala Trail 2010

10 ème anniversaire.


En 2008, nous étions 7 Réunionnais à tenter l’aventure Himalayenne, 5 garçons en catégorie coureurs et 2 filles en catégorie marcheuses.

La différence à part la vitesse de progression, c’est que les coureurs portent leurs effets pour la durée de l’épreuve (sac de 7 kg environ), alors que les marcheurs bénéficient d’un porteur, et n’ont qu’un sac à la journée (environ 3 à 4kg).

Nous avions tous adoré cette épreuve et l’ambiance de la course : Bruno Poirier, l’organisateur-coureur avec qui j’avais sympathisé m’avait alors demandé de revenir avec d’autres coureurs réunionnais si je le pouvais. Et voilà comment on se retrouve correspondant de courses himalayennes à La Réunion.

Connaissant pas mal de coureurs, je n’ai pas eu trop de mal à réunir un joli plateau de sportifs amoureux des sentiers.

Au départ, nous devions même être 18 au départ de St Denis, mais les aléas de la vie ont fait que nous ne serons « que » 12 à partir de Gillot ce jeudi 8 avril.

Chez les coureurs :
-    Rosaire « Gino » Rivière
-    Thierry Chambry
-    Jean Maurice Henry alias « Saucisse »
-    Eric Trottin
-    Stéphane Denis
-    Bernard Rebatet
-    Michel Jourdan
-    Joël Delmas
Coureuse :
-      Mireille Séry
Marcheuses :
-     Christiane Lesne
-     Christine Louisin et Ketty Alphonsine (Christine et Ketty ne faisant pas le tour du Manaslu mais seulement le tour des Annapurnas)

Jeudi 8 avril :

ça commence par un avion d’Air Mauritius retardé de 10h à 12h10…

Et ça commence à râler. L’effet « vacances » n’est pas encore retombé sur mes petits copains. Ça va venir, enfin j’espère.
A Maurice on n’a plus le temps de sortir de l’aéroport, donc on patiente en buvant des bières et en mangeant quelques bricoles.

Maurice / Bombay : 6 h de vol sans encombre, mais sans confort.

Bombay : on n’a pas de visa. Donc problème pour récupérer les bagages et impossible de passer en zone d’embarquement. On reste en salle de transit (pas d’eau rien à bouffer, sièges « raides » pendant 4h puis on passe enfin en zone embarquement avec nos boarding pass. Vol pour Katmandou retardé de 2h… Mais si on va y arriver !

Vendredi 9 avril : arrivée à Katmandou

vers midi. C’est déjà plus cool qu’en Inde, et on est enfin arrivés !

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On récupère nos bagages et l’équipe de « Base Camp Trek » toujours aussi efficace nous prend en charge. Traversée de la ville pour rejoindre l’hôtel « Manaslu ». Tout le monde a les yeux grands ouverts sur ce monde nouveau qu’ils découvrent pour la plupart. Sur 12, nous sommes 4 à déjà connaître le Népal. Pour les autres, j’imagine que ça doit leur rappeler Tananarive, capitale de Madagascar. La même misère, le même fouillis, les mêmes embouteillages gigantesques.

On se pose à l’hôtel. En attendant que nos chambres se libèrent, je vais saluer Jérôme et Rashmi, gérant de « Base Camp Trek ». On parle de notre ami Eddy qui a dû renoncer à la course la veille du départ. On trouvera une solution pour le dédommager.

Je retrouve la troupe, et après une bonne douche on se tape un bon « Fried rice » au poulet avec quelques bonnes bières « Everest ».Après ce sera sieste pour tout le monde.

Le soir, j’emmène tout le monde dans Thamel, le quartier très commerçant de Katmandu avec ses petites ruelles et ses multiples échoppes. Tout le monde a besoin de sommeil. On rentre pour une bonne nuit à l’hôtel.

Je me retrouve dans une chambre avec Jean-Mau et Michel. Les deux sont calmes et peu bavards, et personne ne ronfle, ça me va bien.

Samedi 10 avril : après une bonne nuit

, petit déj et préparation du sac de course car le départ pour Arughat Bazar est avancé à demain dimanche au lieu de lundi, qui sera journée de grève générale.

Je récupère les débardeurs « fins de série » que j’ai pris au magasin pour les offrir à Jérôme qui s’occupe d’une association d’enfants des rues. Ils ont quelques équipes de football, ça leur fera de belles tenues.

Je retrouve aussi Roger Henke, coureur hollandais rencontré lors de l’AMT 2008 qui gère maintenant un complexe hôtelier à Patan, une des vieilles villes de la vallée. Je suis heureux de le retrouver et de voir qu’il est bien installé. Joli poste de manager.

Il vient déjeuner avec nous en attendant l’arrivée des coureurs venant de Paris. On les retrouve après le repas. Je vais saluer l’équipe que je connais déjà : Bruno Poirier évidemment, le Boss, créateur de l’épreuve, Maryse, la Doc de la course, Gildas, son fidèle accompagnateur et Fabien, le caméraman coureur. Je retrouve aussi avec plaisir d’autres coureurs de l’AMT 2008 : Benoit, Mathias et Pascale.

A 16h, c’est le briefing, puis la remise des dossards et dotations courses. Je participe à la mise en place des lots et des dossards dans le jardin de l’hôtel.

Nous remettons aussi à cette occasion des effets scolaires, des vêtements et des jouets destinés à l’école d’un petit village, Samdo ; le plus haut village du tour du Manaslu, situé à la frontière du Tibet à 3600m d’altitude. Un des membres de l’association organisatrice ainsi qu’un des coureurs ont fait un gros boulot pour préparer ces dons. Les réunionnais, toujours généreux, ont répondu présents à mon appel lorsque je leur ai parlé de ce projet et ce n’est pas moins de 4 gros sacs de porteurs que nous avons réunis. On devra payer 4 porteurs pendants 4 jours pour les monter là-haut.

Le soir, je laisse mes « dalons » réunionnais se débrouiller et je pars dîner avec Bruno, Maryse, Fabien, Mathias et Gildas chez Roger. Classe l’hôtel Summit à Patan ! Belles terrasses, un parc de 2 ou 3 ha, 75 chambres, et 150 employés à gérer !

Retour en taxi…. Et un premier mal au bide. Je me soigne et ça passe dans la nuit.

Dimanche 11 :

Après le petit déjeuner tout le monde se retrouve dans le grand hall de l’hôtel en tenue de course, sac sur le dos. Là, c’est déjà le début de la course. En effet, à partir de ce moment commence notre semi autonomie. Seule assistance matérielle, notre sac à dos. Tel est l’esprit de la course voulu par Bruno Poirier : voyager en Himalaya, sur les chemins du ciel avec son seul sac à dos comme assistance. La tension est palpable. Nous remettons notre gros sac de voyage et nos effets de valeur au gérant de l’hôtel qui gardera tout ça sous clé jusqu’à notre retour. Nous partons donc avec notre dossard comme seul document d’identité, et quelques milliers de roupies népalaises pour nos frais de voyage. L’organisation prévoit nos petits déjeuners et dîners pendant les 11 jours de course, mais nous devons nous prendre en charge le reste de la journée.
départ pour ... une journée de bus
Deux bus de taille moyenne nous attendent dans une rue adjacente et nous nous répartissons joyeusement dans les véhicules.

C’est le début de la grande aventure !

Le voyage commencera par une traversée de Katmandu, dans les bouchons et la poussière, puis nous empruntons la route de Pokkara. Il y a beaucoup de camions et de bus, à cause de la grève prévue le lendemain. Passé un premier petit col, la circulation ralenti, pour devenir un énorme bouchon de plusieurs dizaines de kilomètres. Il y a non seulement beaucoup de véhicules, mais il y a eu aussi beaucoup d’accidents de bus et de camions. Nous en verrons quelques restes sur le bord de la route. On mettra 3h pour une portion de 10 km !

On vire enfin à droite pour emprunter une petite route de montagne. Les conversations s’atténuent petit à petit ; on entre dans un autre univers, celui de la ruralité. Un bond en arrière de plusieurs siècles en quelques minutes. Les couleurs de cette fin d’après-midi ajoutent au spectacle une lumière magique. Les champs d’orge ou de riz ondulent, frisé d’un halo doré. Les paysannes en sari rouge et les paysans qui s’activent derrière des charrues rudimentaires tirées par une paire de bœufs. Le spectacle est magique. Plus de pollution, plus de machines, plus de poteaux électriques ; juste la nature ancestrale et pure, des cultures en terrasse où tout est travaillé par de courageux agriculteurs.

Les bus nous brinqueballent ainsi pendant 5h de piste interminable. Je suis dans le deuxième bus, et donc on prend bien toute la poussière du premier dans le nez !

Notre destination: Arughat Basaar ! Rien que le nom a un goût d’aventure !

Nous devions y arriver vers 16 ou 17h mais il fait nuit noire et 20h a déjà sonné lorsque les bus stoppent enfin dans un nuage de poussière sur la place du village. Ouf !

Nous descendons hébétés, les dos et les fesses meurtris, la faim au ventre. On doit encore traverser le village et un pont suspendu avant de rejoindre notre lodge. Nous partons tranquillement en file indienne dans les rues du village, heureux malgré tout de nous dégourdir les pattes. Alors que la rue principale du village se resserre un petit peu, nous entendons de la musique, et la foule est nombreuse pour nous accueillir. En fait il s’agit d’une petite réception en notre honneur. Des jeunes filles nous remettent à chacun une écharpe (kata) autour du cou et nous signent le visage de marques rouges. L’émotion monte d’un cran.

On oublie tout de suite les heures de bus et nous nous laissons porter par la douceur de cet accueil si inattendu.
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Arrivés enfin au lodge, on nous distribue des chambres de 3 ou 4, et après un traditionnel dal-bat (riz- lentilles) nous nous couchons enfin, il est 23h.

Lundi 12 : après une nuit un peu agitée

Les autochtones s’activent depuis longtemps déjà. Ici, le temps et l’espace sont utilisés à 100%, y’a pas le choix, faut bouffer et tout est optimisé au mieux.

On descend pour le petit déj à 8h puis ce sera le contrôle des sacs et de la pharmacie à 10h. Maryse fera les contrôles médicaux.

Vers 11h, Benoit (Laval) se prépare pour un footing. Je décide de l’accompagner, histoire de me dérouiller un peu les articulations. Il fait très chaud et malgré notre faible allure on rentre trempés après 1h de course légère. Ça promet pour les 40 km de demain matin… en plus de la chaleur, la piste est très vallonnée et il y a beaucoup de poussière.

Douche fraîche au retour et nous partons en ville chercher un petit resto. Nous retrouvons des coureurs attablés dans une petite gargote, mais ils ont fait le plein du lieu, à la grande joie de la belle tenancière. Nous traversons le pont et nous attablons dans un autre petit établissement.

Une jolie jeune fille nous concocte une succulent « sauté min » en deux minutes. On se tape une bonne bière en regardant passer les gens dans la rue. Des jeunes viennent nous voir et posent quelques questions sur notre aventure.

Retour à l’hôtel, rangement des sacs, et petite sieste.

Le soir, lors du repas, la tempête se lève et on doit regagner nos chambres au pas de course, les tôles et autres ovni passent à vive allure dans le jardin… la petite fête du nouvel an Népalais a dû tourner court. J’avais vu quelques préparatifs sur une place et nous avions entendu quelques bribes de musique en début de soirée. Le vent nous berce une bonne partie de la nuit, puis le jour se lève sur une campagne apaisée, mais il n’a pas plu une seule goutte. C’est dommage, ça aurait un peu collé la poussière.

Mardi 13 : c’est le grand jour

, enfin, le départ de la course.

Déjà presque une semaine que nous sommes partis de La Réunion.

Lever 5h, ti déj 6h, départ 7h.

Nous traversons le village en groupe afin de rejoindre le départ prévu près de la rivière où se trouve un petit temple.

Le comité local nous accueille avec une petite cérémonie. Chacun a droit à un joli pâté de riz rouge et de fleurs agglomérés collé sur le front, et à l’inévitable kata.

C’est parti ! Connaissant les premiers kms, je pars en trottinant tranquillement. Je sais que je pourrais tenir cette allure assez longtemps ; j’en profite donc avant que la chaleur ne nous tombe dessus. Je maintiendrai cette allure pendant 2h sur la piste carrossable puis dès l’entrée du sentier la température mont vite, vers les 30°, je passe alors en mode rando-course. On doit aussi partager le sentier avec les troupeaux de mules. Toujours rester du côté de la paroi…

Je pointe 20ème à mi-course. Ce sera ma place à l’arrivée après un chassé croisé avec deux ou trois coureurs. C’est pas mal, car c’est l’objectif que je me suis fixé : rester dans les 20 jusqu’à la fin des 11 étapes. C’est un bon début.

38km, d+1160m / d-685m – Arrivée à Dhoban, petit hameau de 5 ou 6 maisons rustiques et une auberge.

On dîne dans une réserve avec quelques autres, servi par le propriétaire de la maison. Des enfants dorment près de nous, à même le sol, sur une peau de chèvre.

On nous loge dans des greniers ou dans les « chambres » de l’auberge pour les premiers arrivés. Je me retrouve dans un grenier au-dessus de la réserve avec 6 coureurs. Planche de bois et tapis pour couchage. Il pleut un peu dans la soirée et il faut éviter les gouttières du toit de lauses. Bonne nuit malgré tout ; la rivière grondait à quelques mètres, ça berce.

Mercredi 14 : 2ème étape

. 50km, d+2560m/d-1000m jusqu’à Gandrung.

Il va encore faire chaud, et le terrain va, comme hier, ressembler beaucoup à nos sentiers Réunionnais. Je sais qu’il faut que je profite des 3 premières étapes de moyenne altitude dans la chaleur pour faire ma place. Je pars donc assez vite, doublant même à ma grande surprise Bruno Poirier dès les premiers kilomètres. J’ai en ligne de mire Audrey (qui finira première féminine à la 11ème place) ainsi que trois ou quatre coureurs d’une trentaine d’année, plus vigoureux que moi, mais moins expérimentés. Si je reste au contact sur la première partie de course, je sais que j’ai une belle carte à jouer. Je garde un rythme de trail court pendant 4h, et dès que la chaleur devient trop lourde, surtout dans le lit de la Budi Gandaki, je finis le parcours en mode rando-course, encore 5h quand même !

C’est sur cette dernière partie que j’arrive à user mes petits copains qui décrochent les uns après les autres, sauf Audrey, qui relancera jusqu’à la fin de l’étape. Une sacrée santé ! On finit tous les deux en rattrapant même Mathias dans la dernière côte, blanc comme un linge. Il est en hypo depuis quelques km mais un sursaut le fait nous précéder de quelques minutes à l’arrivée. Je pointe 12ème de l’étape, en 9h 02’. Ce sera ma meilleure position de la course, qui me vaudra d’ailleurs une éphémère 13ème place au général. Audrey me félicite pour ma régularité et m’avoue que si je ne l’avais pas poussé dans les 20 derniers km elle aurait sûrement fait moins bien. On va dire que c’était mon étape, mon bon jour. J’ai bien fait de mettre le paquet ce jour-là ! Après, au-delà de 3500m, ça sera beaucoup plus compliqué ! Mais c’était vraiment une belle étape. La vallée s’est élargie et on a commencé à voir des hauts sommets enneigés dans le bleu du ciel.

Oui, mais on a perdu Bernard dans la bataille ! D’après les infos des uns et des autres il a dû se tromper à Philim et tracer tout droit dans la montagne au lieu de suivre le sentier à gauche. Il fera 10km et 1000m de D+ en trop, ce qui lui vaudra d’être obligé de s’arrêter à Ghap comme le groupe de marcheurs, et de prendre 3h de pénalité. C’était pas son jour, à lui.

Jeudi 15 :

On a donc retrouvé Bernard qui arrive dans le petit matin, avec les autres coureurs qui n’ont pas fini l’étape d’hier et le groupe des marcheurs. Départ commun de tout le groupe programmé à 8h 15. Aujourd’hui c’est le début de la haute altitude. Etape courte (16km) pour 1200m de D+ et 335m de D-. Mais on passe de 2600m à 3500m, début du monde de l’hypoxie… Pas une étape pour moi, trop de montées, et puis le sac commence à me gêner dès qu’il faut relancer. Ça se complique, comme prévu. Je finis donc à une normale 21ème place en 3h29’. J’ai bien senti l’étape de la veille dans les jambes…

Mais là n’est pas le principal. L’arrivée à Sama Gaon est assez magique. Imaginez passer un col, puis vous retrouver face à un immense plateau de plusieurs km, perché à 3500m. Des troupeaux, des cultures, et en face le massif du Kyonggma Kharka à plus de 5000m et son énorme glacier !

Le centre du village est assez éloigné du premier Shorten qui signale son entrée. Après une toilette rapide en plein air au robinet, d’eau tiède certes, mais ça reste viril, je pars avec les autres visiter le temple bouddhiste local. On arrive pendant l’office. Toujours magique ces instants là. On a droit à un coup de Raki après les prières, ça réchauffe.

Ensuite je pars flâner dans le village. Comme c’est paisible ! Les enfants jouent, les bêtes sont rentrées sous les habitations faites de grosses pierres brutes et couvertes de lauses. Au vu du stock de bois dans les cours j’imagine sans peine les températures que doivent affronter les habitants de ces contrées. Mais quelle tranquillité. Seulement quelques bruits ménagers, des bribes de conversations, du bois qu’on coupe, les rires des enfants.

Un autre monde, une autre vie. Tous les habitants sont des Tibétains réfugiés. Le Tibet est à quelques heures de marche à  peine.

On loge dans une jolie auberge bien tenue, les chambres sont presque coquettes avec un vrai matelas dans le lit et on mange bien. Je bois quelques bières avec les uns et les autres. Tout va bien, mais on sent bien qu’il fait nettement plus froid le soir.

Ah ! Le classement général : toujours 13ème, mais ça pousse derrière !

Dodo à 20h30 et une bonne nuit.

Vendredi 16 :

Journée d’acclimatation. Certains par mégarde auront compris journée de repos, erreur ! Après une heure de marche sur le plat, on doit monter au camp de base du Manaslu à 4800m, en redescendre, et ensuite rejoindre le village suivant, Samdo à 3690m après 2h de marche. Le tout faisant donc 15km pour d+/- 1300m, le tout en hypoxie.

Le début du sentier est très beau, avec en ligne de mire le magnifique Manaslu, là-bas, tout là-haut, à plus de 8000m. Moi, je cale dès 4200m et suis obligé de ralentir et raccourcir mon pas. Faut pas s’affoler, c’est la première incursion au-delà des 4000m, c’est normal, le manque d’oxygène se fait sentir et le corps n’a pas eu le temps de s’adapter. Nous longeons le glacier du Manaslu qui doit bien faire 1500 à 2000m sur 3 ou 400m de large par endroits. C’est féérique. Le glacier craque beaucoup et les chutes de séracs sont nombreuses, suivis de petites avalanches. Grand spectacle !

L’arrête finale me paraît interminable. Surtout que j’avais cru entendre que le camp était à 4600m. J’ai les yeux rivés sur l’altimètre, mais c’est bien à 4800m que nous trouvons la base vie des expéditions en cours. Il y en a trois en ce moment : 2 Polonaises et une Catalane. Les gars sont là depuis une semaine. Bien acclimatés apparemment : certains sont en t-shirt…Il leur faudra encore trois semaines pour atteindre le sommet si tout va bien. Un autre monde là aussi. Je redescends vite après la photo souvenir car j’ai assez froid.

Je retrouve Benoit en bas et nous repartons ensemble d’un bon pas vers Samdo, notre prochaine étape.

Samdo. C’est là que nous effectuons notre livraison de dons pour les enfants. Une petite réception est organisée avec les responsables du village, l’instituteur et les enfants.

Ces derniers sont mitraillés par nos flashes, mais se prêtent au jeu, ainsi que leurs parents.

Un des coureurs, Maire de son village en métropole a même réussi à réunir une somme de 1000€ qui sera remise en France aux responsables de l’association qui a aidé à la construction de l’école. C’est Noël !

Nous rentrons vite à l’auberge dès que le soleil se couche. Demain est un grand jour : passage du Larkya-La à 5200m. Ce col a la réputation d’être très long. On doit rester longtemps à 5000m avant de basculer de l’autre côté, pour une dénivelée négative de plus 3000m. Une grosse étape de plus de 60km avec un passage au-delà de 5200m, ça impressionne toujours un peu.

Samedi 17 :

Lever à 3h, départ à 4h en marche de liaison d’une vingtaine de km non chronométrée jusqu’au Larkya-La. Je mets 5h30 pour y arriver. Je cale comme d’hab à partir de 4200m, mais ça passe mieux que la veille. Je fais des photos, prétexte à des micro récupérations qui me permettent de reprendre mon souffle. Le décor est magnifique, grandiose.

A notre gauche, la face nord du Manaslu et l’impressionnant glacier du Larke Himal, à notre droite les crêtes du Pawar Himal à 6000m.

La régularité de ce col, bien qu’il semble interminable me plaît bien. Je retrouve mes dalons Réunionnais au sommet pour une séance photo. Puis c’est départ à la carte ; il suffit de le signaler au contrôleur pour qu’il déclenche le chrono.

Et c’est parti pour 48km et 3600m de d-, le long du glacier du Saludanda, puis du Bhimdang, avant de retrouver la forêt de rhododendrons. Mais j’ai un sévère mal de tête depuis le passage du col. Prémisse du mal des montagnes. Heureusement que je redescends, ça va passer. Je prends un antalgique classe 2 vers midi, mais le mal de tête restera jusqu’à la fin d’après-midi. Ça me déconcentre un peu, et je me prends une bonne gamelle dans la fin du pierrier. Mon pied droit est resté bloqué sous une pierre et avec le poids du sac je m’allonge sèchement dans les rochers. Mon genou droit et mon coude tapent assez dur par terre ainsi que ma hanche droite. Grosse frayeur ! Pas trop de bobo on dirait, mais j’aurais pu me faire très mal. Je repars en boitillant. Merde mon genou me fait mal L Après Bhimtang, on est sensés changer de rive et traverser la rivière. Le problème, c’est que le sentier m’emmène à l’endroit encore bien visible où devait se trouver le pont… qui a été emporté par la dernière mousson. Je pense m’être trompé, et je « jardine » quelques minutes avant de me rendre à l’évidence : il va falloir traverser à gué. Mais les eaux sont assez tumultueuses et je suis tout seul. Heureusement arrivent Stéphane et J.Maurice à qui j’explique le problème. Nous finissons par trouver un passage en amont, en sautant de rochers en rochers.

Gino nous retrouve à ce moment-là. On le croyait loin devant mais il s’était égaré plus haut, à la sortie du dernier village. Après ce petit coup de stress, on reprend la descente dans les rhododendrons. Je file derrière Gino qui finit par me semer ; mon genou est sensible et m’empêche de me lâcher dans la descente. J’arrive encore à me perdre en prenant un mauvais sentier, ce qui me vaut de retrouver à nouveau Stéph et J.Mau sur ma route un peu plus loin. Je finirai cette étape avec Steph, en 7h depuis le col. Nous sommes accueillis à Bagarchhap dans un joli lodge avec douche chaude ! On vient en effet de rejoindre le tour classique des Annapurnas et les auberges seront nettement plus confortables. C’en est fini du côté « roots » mais sympathique du tour du Manaslu. Nous sommes à 2560m et apprécions de retrouver un peu d’aisance respiratoire, ce qui devrait nous (me) permettre de mieux dormir.

Nous ne sommes que 26 coureurs à avoir regagné l’étape ce soir-là. Cette grande descente après le premier col à 5200 aura fait des ravages. Les autres nous rejoindrons demain matin pour le départ.

Dimanche 18 : au programme, Bagarchhap 2560m / Manang 3500m pour environ 40km

Compte tenu de l’état de fatigue avancé après les passages en haute altitude et le cumul des étapes, je choisis de faire l’étape en marche rapide, sans essayer de courir dans les faux plats qui seront nombreux. Mon genou me titille dans les descentes. Faut se reposer, car le Tilicho Lake à 5000m et le Thorong Pass à 5400m sont encore à venir. Etape de transition donc pour moi.

Ça démarre par un petit col bien nerveux qui calme tout le monde. Ça grimpe pendant 2h et ensuite on a droit à des bosses pendant 15 bornes. Bruno Poirier que j’avais doublé dans le col me rattrape dans le début des derniers 20km qui sont en légère pente ascendante. Comme prévu, je marche vite en poussant sur les bâtons et Bruno lui trottine dès qu’il peut, pour finalement avancer à ma vitesse.

Je casse un bâton à mi parcours, ce qui m’oblige à alterner bras gauche / bras droit toutes les 10’. Pas terrible. Finalement je termine l’étape avec Bruno et Yves que nous avons rattrapé à 1 km de l’arrivée, en 7h33’ pour 1885m de d+ et 495m de d-.

Stéph qui était parti comme un avion a eu un petit souci cardiaque (il a oublié la fatigue et l’altitude sans doute) et il vient juste d’arriver. On s’installe dans une chambre double. Il se réfugie dans son duvet, avec un début d’hypothermie. La doc vient le voir dès son arrivée et diagnostique une déshydratation lors de la longue descente de la veille sans doute, et lui conseille de calmer un peu le jeu et de se réhydrater. Une fois remis, je pars avec lui dans une des très bonnes pâtisseries du village et nous nous enfilons deux énormes Apple pie avec du thé.

Tout le monde est fatigué. Bruno, en accord avec la doc et le directeur de course décide donc d’annuler l’étape chrono aller-retour jusqu’au Tilicho (5000m) et nous accorde une journée de repos. Personne n’y trouve rien à redire, surtout que Manang est une étape bien sympathique.

Lundi 19 :

Petit déjeuner à 8h (c’est les vacances !) pour tout le monde, et ensuite chacun vaque à ses occupations. Le kiné et la Doc sont à pied d’œuvre (c’est le cas de le dire vu l’état des pieds de certains, notamment du kiné). On soigne les petits bobos, on lave du linge. Le kiné manipule doucement mes chevilles et mon genou. Rien de grave, juste un hématome au niveau de la rotule, d’où la gêne dans les descentes. On profite de ce temps libre avec beaucoup de plaisir. Bon repas à midi, ça change des mars et autres snikkers achetés sur les sentiers. Certains vont faire des photos avec Bruno, d’autres montent voir l’ermite qui vous bénit pour le passage du Thorong moyennant 100 roupies…Pour moi, ce sera sieste et farniente. Mon corps en a besoin.

Le soir après le dîner, Ketty et Christine, nos deux marcheuses qui n’ont pas fait le Manaslu arrivent avec leur guide. Elles sont allées au Tilicho et sont assez épuisées…

Je laisse ma place à Christine (compagne de Steph) dans la piaule et part dans une chambre de quatre où il reste un lit. Ça ronfle et ça tousse, aussi je ne dors pas beaucoup. En plus j’ai la chiasse, ce qui me vaut des allers-retours top chrono jusqu’aux toilettes, heureusement assez proches…

Mardi 20 :

J’ai toujours mal au bide, j’ai mal à la tête, et je n’ai pratiquement pas dormi, mais le moral est bon !

Aujourd’hui étape courte, 16km, mais d’altitude : de 3500m à 4500m, arrivée à Thorong Phédi, aux portes du Thorong Pass. Hypoxie totale, du début à la fin. Je suis curieux de voir comment mon corps va réagir maintenant que nous sommes mieux acclimatés à l’altitude. Petite cérémonie avant le départ : on nous remet 2 katas, une blanche et une jaune que nous devrons accrocher au Thorong La en passant.

Je pars en queue de peloton car ça monte très raide sur les 2 premiers km. Je connais cette étape, puisque déjà faite il y a deux ans. Faut pas s’affoler et en garder pour les nombreuses relances à suivre. J’ai pris mon rythme de croisière ; dès la première passerelle, je retrouve Steph, encore parti trop vite, assis et hagard ; il est épuisé. Décidément, il a du mal à se contenir en début de course. Je file et rattrape les deux Bruno (Poirier et Ringeval) qui peinent dans les relances.

Sans pratiquement courir, mais en maintenant une marche rapide en poussant bien sur les bâtons je finis par les distancer, lentement, mais sûrement. Je trottine juste dans les faux plats descendants. Je finis à la 20ème place en 3h22’ (j’avais prévu 4h) pour 1040m de d+ et 110m de d-.

Bruno Poirier arrive à la ramasse et s’écroule à l’arrivée, petit malaise… mais il est vite sur pied et on se retrouve tous autour d’une bonne table avec un nombre impressionnant de bières. D’ailleurs, on a vidé le stock ! Heureusement Mathias a la bonne idée d’aller en chercher dans le lodge d’à côté. C’est qu’il y a le challenge « Denis Riché » et il nous faut de la matière ! Denis Riché est un diététicien connu dans le monde du running. Bruno a donc décidé sur ses courses de créer un challenge à son nom qui consiste à récompenser la personne qui boit le plus de bières à l’étape, mais cela tient compte aussi de la place au classement général et du taux de masse graisseuse que nous avons mesuré avant le départ. C’est sérieux comme truc ! J Actuellement, je suis sur le podium, alors faut pas baisser la garde, à boire ! Je pars pour une bonne sieste entre 15 et 16h qui me fait le plus grand bien. Je retrouve les autres toujours attablés dans la salle très vitrée qui nous laisse admirer les montagnes alentour. Phédi, c’est très minéral et en plein vent. Un gros bloc de bâtiment rustique posé dans la caillasse. J’aime beaucoup. Il fait beau et ça souffle très fort dehors.

Vers 17h je monte de 250m au-dessus du gîte, histoire de parfaire mon acclimatation pour demain. Il faut toujours monter un peu au-dessus de l’endroit où l’on va dormir, c’est mieux.

Repas dans la cantine rustique et à la bougie et au lit à 20h. Je dormirai jusqu’à minuit, ensuite impossible de fermer l’œil. Pas facile de dormir à 4500m.

Mercredi 21 : Lever 3h, départ 4h.

Je n’ai pas trop faim, mais je me force à grignoter deux ou trois trucs. La journée va être longue.

On monte jusqu’à High Camp à 4800m où l’on pourra faire un stop and go. Le chrono étant déclenché à notre bon vouloir. Je monte jusque là à une allure de sénateur. D’ailleurs une dizaine de coureurs ont emboîté mon pas. Il fait froid, et ça monte très raide. Les souffles sont courts, les pas pesants. Je profite de la halte au gîte pour foncer aux toilettes…

Je repars à 5h05, le jour se lève sur ce monde minéral de haute altitude.

Je connais le Thorong Pass, et je sais qu’il sera plus facile et plus rapide à franchir que le Larkya La, mais il y fait très froid ! J’ai les mains et les genoux congelés. Ça me motive pour avancer le plus vite possible. Je coince un peu à 5200m, mais le col à 5400m arrive vite. J’accroche mes Katas aux chevaux du vent, ces fameux drapeaux de prières multicolores. J’ai là une pensée émue pour ma maman qui nous a quittés il y a quelques mois. Je sais qu’elle aimait bien que je parte courir le monde. Elle lisait mes récits avec beaucoup d’intérêt.

Une photo souvenir et c’est parti pour 2800m de dégringolade. Petit problème : mon mélange coca / eau a gelé dans les bidons et je ne peux pas boire comme il le faudrait.

Je reconnais bien le sentier emprunté en 2008 et j’arrive donc à Muktinath en terrain connu.

Il y a une foule de pèlerins venus aux temples du lieu. C’est plus facile maintenant que la piste est ouverte aux 4×4. Je traverse le village en me remémorant quelques bons moments passés avec l’équipe A2R en 2008 mais je sursaute presque en voyant le parking des 4×4 et des mini bus : il y en a une bonne dizaine de garés, sans parler des nuées de moto qui font la navette entre ce parking et les portes des temples à l’autre bout de la ville. On n’arrête pas le progrès… Je traverse le village et me retrouve sur la piste qui descend vers Jarkot où je m’égare royalement, croyant prendre l’ancien sentier, je me retrouve dans les cultures de maïs et de riz en espalier, 500m au-dessus du village ! Je vois passer Pierre en bas sur la piste, alors que je l’avais doublé 10’ plus tôt… Je vois aussi Philippe et Eric s’éloigner 1 km plus loin. Je les avais bien repris dans la longue descente, et j’avais espoir de m’accrocher un peu à leur foulée rapide. Dommage. Je coupe à travers champs et retrouve la piste 4×4 et Pierre que je double à nouveau. Ensuite, c’est la longue piste au-dessus de Kagbéni et l’entrée du Mustang.

C’est magique !

J’aime bien ce sentier en balcon. Après une descente raide on retrouve le lit de l’immense Kali Gandaki. Comme je m’y attendais, dès que je suis dans le lit de la rivière je me prends un énorme vent de face, avec la poussière qui va avec. Je mets mon fouloir sur mon nez et adopte une marche rapide en poussant sur les bâtons. Impossible de courir, trop de vent. Il me reste 15km environ pour arriver à Marpha, la prochaine étape. Je prends mon mal en patience et admire le paysage alentour, notamment le magnifique Dhaulagiri et les crêtes qui nous séparent du Dolpo, le pays caché. Je me dis que si tout va bien, dans 6 mois, j’arriverai par là, lors de l’Himal Race, depuis le Mont Kailash au Tibet, en passant par Hayden Valley et justement le Dolpo et le Haut Dolpo.



En attendant, je serre les dents et avance d’un bon pas. Je traverse Jomoson, arrivée de notre édition 2008. J’y achète une bouteille d’eau minérale pour finir et demande à la boutiquière le temps en marche pour Marpha : » 1 heure » me dit-elle en me jaugeant d’un œil expert. Je dois avoir l’air un peu fatigué… Je repars donc guilleret, en me disant que si tout va bien, j’arriverai pour midi, soit dans ¾ d’heure. Il doit rester 6 ou 7 km.

Je rentre dans Marpha avec plaisir

et signe la feuille de route avant de déposer mes affaires dans une minuscule chambre single. Il n’y a qu’une douche pour tout l’hôtel et elle est occupé. Je me rince dans un micro lavabo, et y lave mon linge poussiéreux. Après ces tâches ménagères, je décide de retrouver le reste de la troupe. Le pointeur me signale que certains sont dans un autre hôtel, à 200m. J’y cours et retrouve Gino, Audrey et Philippe, Mathias et Vincent. Ils sont attablés devant des poulets rôtis et des crumbles géants !

Gino me signale qu’il reste une chambre avec douche à côté de la leur. Je commande un festin et fonce récupérer mes affaires dans l’autre hôtel. J’ai envie d’un peu de confort ce soir. Ma nouvelle chambre est carrément royale ! Jugez plutôt : un grand lit en 140, grande baie vitrée avec vue sur les montagnes, et le meilleur : une vraie salle de bain pour moi tout seul avec des vrais gogues en faïence. Je prends du coup une bonne douche bien chaude et retourne déguster mon festin. Après quelques bières, il est temps pour moi d’aller faire une bonne sieste. La pluie s’est mise à tomber, ce qui va aller très bien pour me bercer. Je dormirai 2h non stop, écrasé dans mon grand lit, les bras en croix.

Je décide après avoir bien récupéré de flâner un peu dans le village. Je ne vais pas bien loin, puisque je croise Benoit qui entre dans l’autre hôtel. On retrouve le staff : Bruno en train de faire les classements, Maryse soignant les bobos, et les autres faisant des plans sur la comète devant des cartes des Annapurna largement déployées sur les tables. On se joint à eux en commandant quelques bières et en faisant leur fête à nos rations de survie (des noix de cajou) dont nous n’aurons plus besoin. Nous restons là jusqu’à l’heure du repas. Il fait bon, et l’ambiance est sympathique. Nous faisons connaissance avec un certain Mr Mancini (je crois que c’est ça) grand himalayiste qui prépare l’ascension du Dhaulagiri avec sa femme et un ami Sherpa. Il est étonné de nos vitesses d’acclimatation à l’altitude lors de notre course…

Retour à l’hôtel pour un dîner tranquille et au lit à 20h. Je dors comme un gros bébé pendant 10h dans mon grand lit J

Jeudi 22 : annoncée étape la plus facile de la course, Marpha / Dana fera 30km environ pour 1200m de d-. Évidemment, sur le papier, ça le fait. Ce ne sera pas bien difficile en effet, bien que devions chercher le meilleur passage dans le lit de la Kali Gandaki. Mais ça roule, et ça sent l’écurie tout ça. On jardine un peu dans la rivière au début. Je suis de loin Benoit Durand et Vincent. Ils tirent des bords pour trouver les passages, je trace tout droit à vue, 1 km derrière. On retrouve ensuite la piste puis des pointeurs nous font changer de rive et on retrouve avec plaisir l’ancien sentier beaucoup plus agréable pour quelques kilomètres. Traversées de villages, de petits ponts. Les enfants qui partent à l’école dans leur bel uniforme bleu et gris. Filles et garçons nous saluent et nous encouragent : « Namasté ! »

On retrouve ensuite la piste 4×4, complètement défoncée. En travaux. Il y a beaucoup de véhicules, de la poussière. Heureusement ça descend et je peux courir assez vite. J’en termine en traversant le joli petit village de Dana où je retrouve avec plaisir l’auberge où nous avions fait halte il y a deux ans. Souvenirs…

Je finis l’étape en 4h20 à la 20ème place. Ça me va.

Je me goinfre et bois des bières avant une bonne sieste.

Les marcheurs qui ont pris des 4×4 depuis Muktinath pour recoller à la troupe arrivent dans l’après-midi. Repas du soir bon enfant avec la troupe au complet. On fête même l’anniversaire de Michel pour qui nous avions prévu des bougies et commandé un gâteau à notre hôtesse.

On monte dans les chambres vers 21h, mais l’auberge reste bruyante jusqu’à tard dans la nuit.

Demain, dernière étape ! Dana / Poon Hill.

Vendredi 23 : départ à 7h30 pour les coureurs. Les marcheurs sont partis 1/2h avant.

5km de descente sur la piste 4×4 histoire de se mettre en jambe et avant d’attaquer la dernière difficulté du parcours de cet AMT 2010 : 2000m de D+, tout en marches irrégulières. Heureusement, il y aura quelques relances courables dans les traversées de jolis villages.

Je rattrape quelques coureurs dans les premiers hectomètres de la montée, et je garde le rythme, bien motivé pour ne pas me laisser reprendre d’ici la fin de l’étape. Durant la première heure, je tiens un bon tempo, je lâche rien, je fonce. C’est la dernière étape, je peux tout donner là. A mi parcours de cette interminable montée, il y a un  peu de répit et je peux trottiner avec plaisir sur quelques centaines de mètres, c’est agréable. Dernière ça ne revient pas. Tout va bien. Ensuite, ça se gâte… J’attaque la dernière montée, j’aperçois Ghorépani tout là-haut mais les marches me semblent tout d’un coup beaucoup plus pénibles. Plus de jus. Je fais halte dans une petite échoppe avec un des porteurs de Base camp et partage avec lui une bouteille d’eau et une boisson sucrée au citron. Il me dit que Poon Hill est à peine à 1 demi-heure et m’encourage pour la fin de ma course. Il repart sur mes talons, d’un pas sûr et efficace malgré ses 20kg de charge.

Je serre un peu plus les dents, et, content que personne ne revienne derrière j’en finis avec la montée sur le village. Une banderole de la course, un dernier pointage, et c’est la dernière ascension vers la délivrance, Poon Hill, 400m plus haut, superbe promontoire permettant un 360° sur les plus hauts sommets de la planète. Pour moi là, c’est un chemin de croix !

Dans un dernier sursaut de courage, j’en finis, encouragé par les coureurs déjà arrivés. Il paraît que j’étais un peu pâle sur les derniers mètres… Je passe la ligne d’arrivée sans panache mais avec beaucoup de joie au fond du cœur. Quelle course, quelle aventure !

Belle édition ma foi.

Un pique-nique a été organisé là-haut, ce qui nous permet d’attendre et de voir arriver les autres concurrents tout en retrouvant quelques forces devant une bonne assiette de dal bat et même quelques parts de gâteaux succulents.

Mes deux poursuivants, Benoit Durant et Eric Trottin arrivent juste quelques minutes derrière moi. J’ai bien fait de maintenir la cadence et de ne rien lâcher. Ça n’aurait rien changé au classement général, mais le sport reste le sport et je n’aime toujours pas me faire doubler, même sur une dernière étape ! J

23km avec d+2035m et d- 340m Telle était donc cette dernière étape chronométrée.

On attend les derniers et on redescend au village. Grosse auberge et quelques bières bien méritées. Je suis maintenant en tête du challenge Denis Riché et compte bien arroser ça !

Justement, après 2 ou 3 bières en terrasse avec les copains, je sens une drôle de bouffée de chaleur, et un état nauséeux désagréable. Je file dans ma piaule, et malgré la température clémente, je me réfugie dans mon duvet (- 10° confort) et j’y grelotte jusqu’à l’heure du repas.

Pas cool ça. Repas léger, annonce des résultats finaux : je suis 17ème au général et donc lauréat du challenge des buveurs de bières !

Benoit Laval gagne haut la main cette édition n° 10 de l’AMT, Thierry Chambry premier réunionnais est 2ème, tandis que Deepak et Jorbir les deux Népalais prennent les 3 et 4ème places. Audrey Ehanno finit 11ème au scratch et brillante première féminine.

Chez les réunionnais à noter la belle 6ème place de Rosaire « Gino » Rivière qui a serré les dents jusqu’au bout et pourtant, il a beaucoup souffert dans les étapes d’altitude.

Samedi 24 :

Après une nuit à transpirer ma fièvre et à faire des allers-retours aux toilettes je décide de partir un peu avant tout le monde. Nous devons faire une marche de liaison pour rejoindre la route et les bus, au village de Nayapul, 25km plus loin.

Je pars vraiment tout doucement, fiévreux et pas gaillard sur mes gambettes. Heureusement, c’est une étape toute en descente, donc pas d’effort particulier à fournir, juste à se laisser glisser le long du sentier. Le chemin est d’ailleurs particulièrement joli et agréable dans une forêt enchanteresse. Quelques petits villages qui se réveillent doucement dans le matin brumeux. Très agréable. J’en oublie ma fièvre et me laisse bercer par cette sympathique randonnée sans pression de course. 3 coureurs me rattrapent et nous négocions ensemble l’interminable descente de 1000m de Bathanti 2300m à Sudame 1340m. Tout en marches raides. Je plains les porteurs et les touristes que nous croisons. Ensuite nous rejoignons la rivière au fond de la vallée et nous la suivons jusqu’à Birethanti. Fabien nous a rejoint et file d’un bon pas à l’avant du groupe. Il connait le parcours et nous évite de chercher notre chemin. 2 ou 3 km et nous sommes enfin dans un petit bistrot devant les bus qui nous attendent. Il est 11h du matin, après 4h de marche. J’essaie de manger un plat de noodles végétarien et je file m’allonger dans le bus. Nous sommes les 6 premiers arrivés et devons attendre qu’il y ait 35 personnes pour remplir le premier bus avant de décoller pour Pokhara.

Je suis crevé et cette fièvre qui ne passe pas. J’ai dû chopper une saloperie c’est sûr. Je reprends deux cachets contre la fièvre et essaye de dormir. Je dors 1 heure avant que nous puissions partir. Heureusement, ça roule bien et 1h45 plus tard nous sommes à Pokhara.

Une douche, et je vais chez le barbier en bas de l’hôtel. Ils font aussi salon de massage. Pourquoi pas, ça peut pas faire de mal. Je suis quand même obligé de rappeler à l’ordre le masseur qui me laboure les mollets et les cuisses.
C’est que c’est un peu douloureux tout ça après 400 km et 63 h de course de montagne !

Je ne mange pas et file me coucher. L’après-midi, la fièvre monte encore. Je commence à m’inquiéter un peu. En fin d’après-midi, je prends mon courage à deux mains, et profitant de la température plus clémente, je déambule dans la ville. Je rencontre quelques coureurs qui ont fait bombance dans les restos du coin et qui s’inquiètent de ma sale mine.

Je fais quelques achats souvenir et rencontre Benoit Laval. On se promène un peu et rencontrons Bruno et Fabien, ainsi que Audrey et son mari. On se retrouve dans un bar, à boire des mojitos, et comme c’est « happy hours » on s’en met une bonne. Tiens, on dirait que ma fièvre est descendue… On dîne sur place en déconnant pas mal. Retour à l’hôtel, guillerets.

Dimanche 25 :

Petit déj dans le jardin et puis c’est le bus et l’avion pour Katmandu. J’ai pas trop dormi, mais ma fièvre m’a laissé tranquille.

Arrivés sur place, on doit attendre jusqu’à midi pour avoir des chambres. Je mange un steak sans appétit et file enfin me reposer. Là pareil, fièvre tout l’après-midi. Vers 16h je pars malgré tout marcher un peu jusqu’à Thamel et y faire quelques derniers achats.

Je trouve des bijoux et des étoles fines pour ma douce. Au hasard d’une boutique, je trouve même des crampons Camp 6 pointes (220gr seulement contre 400 pour mes Petzl !) que j’avais cherché en vain pendant des mois sur le net. Je regrette juste de ne les avoir trouvés qu’après la course. Je les aurais pour la prochaine.

Le soir toute la troupe part à Patan à l’hôtel Summit, chez Roger, pour la remise des prix.

Soirée sympa avec grillades et buffet à volonté.

Lundi 26 : les « métros » prennent l’avion ce matin. Nous, nous partirons demain.

Comme j’ai été invité sur la course, je décide de partager un peu ma bonne fortune et invite mon groupe de Réunionnais à une journée de visite. Je loue un mini bus et un guide culturel auprès de Base Camp et nous partons visiter Patan, une des villes moyenâgeuse de la vallée. Le guide nous apprend une foule de détails intéressants. On finit par un sympathique repas  au resto du musée, sous la responsabilité aussi de mon ami Roger.

J’achète quelques souvenirs, masques en bois, théière en étain et nous rentrons à l’hôtel.

Mardi 27 :

Nous prenons l’avion vers midi, et c’est parti pour 30h de voyage, dont 15h d’attente à Bombay, heureusement mieux négociées qu’à l’aller, car nous avons le droit d’aller nous reposer en salle d’embarquement.

Mercredi 28 : petite escale à Maurice où quelques-uns d’entre nous décident d’aller prendre l’air du côté de Mahé Bourg. Je passerai 2 h sur un divan pendant que les autres s’empiffrent… Toujours cette foutue fièvre.

Arrivée à St Denis en fin d’après-midi, nous retrouvons nos proches qui sont tous unanimes : on a vraiment des sales gueules !

Quelques jours de repos, une visite chez mon médecin et la forme revient doucement. En plus d’une infection pulmonaire j’ai aussi attrapé un virus qui m’a bien affaibli. – 5kg sur la balance !

Malgré ces quelques inconvénients, je garde un excellent souvenir de cette course magnifique, surtout la première partie autour du Manaslu, si sauvage.

Merci encore à Bruno Poirier de nous faire partager sa passion de l’Himalaya ainsi qu’à Maryse, Fabien et Gildas.

Namasté.

Joël Delmas



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